Partager l'article ! Universités mobilisées contre la LRU : un appel à l'aide de la jeunesse: Depuis septembre se tiennent à la fac des Tanneurs des réunions ...
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Depuis septembre se tiennent à la fac des
Tanneurs des réunions d'information et des assemblées générales concernant la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités) aussi appelée loi d'autonomie des universités. Et
depuis mardi matin, ce même site des Tanneurs est bloqué suite à une décision de l'Assemblée générale de lundi soir. Ce blocage décale malheureusement le débat sur sa raison d'être alors que la
question dépasse de loin cela. Il ne s'agit pas de savoir si oui ou non le blocage va se poursuivre mais si le gouvernement va prendre ses responsabilités face aux angoisses de la jeunesse.
Car tout le problème est là. Le service public de l'enseignement supérieur manque cruellement de moyens aujourd'hui, ce qui se caractérise par un faible nombre d'heures de cours en licence et
donc un faible taux d'encadrement. D'autre part, le manque d'aides sociales aux étudiants prend aussi sa part de responsabilité dans l'échec en licence. Or cette loi LRU ne met pas en
place de moyens supplémentaires pour la licence ni pour les aides sociales aux étudiants. Pire encore, elle ouvre la porte aux financements privés.
Un premier pas vers la privatisation de la fac ? La question est posée. Il n'en est pas moins qu'à terme, le risque est grand : disparition des filières les moins "rentables" (histoire des arts,
philo, musicologie...), budget toujours limité pour les licences, etc. Mais comme les étudiants le scandent dans les manifestations qui ont lieu partout en France, le savoir n'est pas à vendre !
La fac est un lieu d'épanouissement culturel, un lieu où est dispensé le savoir, non pas toujours à des fins professionnalisantes mais aussi pour que chacun ait accès à une culture générale
qui lui serve toute sa vie. D'autre part, la question du financement privé des universités pose la question cruciale de la démocratisation de l'enseignement supérieur. Prenons l'exemple
des Etats-Unis où le mécénat y est roi : les moyens sont importants ; mais qui n'a jamais regardé une série TV américaine où les lycéens devenus étudiants doivent se
salarier, demander des prêts auprès des banques pour avoir accès aux plus grandes facs ? Déjà obligés à travailler pour payer leur logement, leur transport, etc. les étudiants français ne
supporteraient pas la lourde charge de frais d'inscription exorbitants pour accéder à la fac. Seules les élites sociales y auraient accès.
Oublions le scénario (catastrophe mais avisé) de la privatisation de la fac et revenons à la situation actuelle. L'enseignement supérieur est déjà marqué par un profond élitisme régi
par l'accès aux Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles qui est réservé seulement aux meilleurs de chaque classe de terminale, et où règne une ambiance de compétition moralement exténuante. De
plus, et renforçant ces inégalités, un étudiant de CPGE coûte entre 12 000 et 16 000 € par an alors qu'un étudiant en fac ne coûte "que" 4 000 à 8 000 € annuels. Bien que l'UNEF ait réussi -
grâce à ses négociations en juin avec le gouvenement - à supprimer l'article concernant la sélection à l'entrée du MASTER 1, les inégalités entre étudiants existent malgré tout. Entre étudiants,
mais entre établissements également. La loi LRU, avec sa volonté de coopération entre facs et bassin d'entreprises local, verra la mise en place de diplômes locaux et spécifiques. A terme,
quelqu'un qui commence sa licence dans une université ne pourra plus la poursuivre dans une autre car les spécificités seront différentes. C'est pourquoi l'établissement d'un cadre national
des diplômes est indispensable.
La loi LRU soulève donc de nombreuses questions et de nombreuses angoisses chez les jeunes. Il s'agit maintenant de continuer la mobilisation, le blocage n'étant pas la solution miracle à la
prise de conscience du gouvernement. Ce n'est qu'un moyen et non une fin en soi. Mais le caractère radical et contraignant de ce moyen d'action place les étudiants mobilisés face à une vraie
responsabilité : obtenir l'abrogation de la LRU et des aides concrètes pour les étudiants. Le gouvernement doit cesser de mépriser la jeunesse et prendre des mesures d'ampleur immédiatement
pour répondre aux craintes des étudiants qui se demandent parfois comment ils vont finir l'année.
Revendiquer l'abrogation de la LRU, c'est dénoncer le désengagement financier de l'Etat vis-à-vis de l'enseignement supérieur, c'est exiger la démocratisation de l'accès au savoir et à la
culture, c'est dénoncer la mise en place d'un profond élitisme dans les études supérieures, c'est enfin demander un peu plus de considération de la part du gouvernement envers les jeunes. Un
grand Président de la République Française disait cela : "Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort."